Quelles sont les alternatives aux crédits court et moyen terme ? Par Anne Del Pozo

 

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Au-delà des traditionnelles sources de financement bancaires, le marché offre aujourd’hui aux entreprises de nombreuses alternatives propres à faciliter et à accélérer les besoins de crédits des entreprises.

Certes, aujourd’hui, la tension sur les demandes de financements des entreprises tend à s’atténuer. Pour les ETI et les PME de plus de 10 salariés, l'accès au crédit des entreprises est, selon la Banque de France, à un niveau historiquement élevé. Il reste néanmoins compliqué pour les TPE de moins de 10 salariés. Ainsi, au premier trimestre 2016, 94 % des PME ont obtenu les crédits d'investissement demandés contre 82 % des TPE. Pour les crédits de trésorerie, 83 % des PME ont obtenu satisfaction, à comparer aux 68 % des TPE servies. Cette différence s’explique par diverses raisons. En premier lieu, un tiers des TPE ont des fonds propres nuls ou négatifs, ce qui ne plaide pas en leur faveur auprès des banques. D’autre part, et alors que les PME et ETI ont  souvent un directeur financier qui a installé des outils de gestion financière et des tableaux de bord de pilotage de la trésorerie, les patrons de TPE, par manque de temps et de culture financière, n'ont souvent pas ce réflexe. Enfin, la facilité d’accès au crédit diffère également en fonction des raisons qui motivent la demande.

Le financement de l’immatériel toujours difficile à obtenir
« S’il est aisé de financer des biens immobiliers ou des actifs industriels car ils offrent des garanties aux banques, en revanche les crédits pour financer des besoins immatériels liés à la matière grise de l’entreprise, à de l’innovation, à la R&D, voire même à la formation, demeurent difficiles d’accès », explique Alexandre Laing, président et cofondateur de Bulb in Town. Il s’agit d’un enjeu important pour les entreprises car ces investissements immatériels sont à la base de leur compétitivité. D’autre part, certaines entreprises ont également des difficultés à financer un besoin en fonds de roulement lié à la croissance de leur activité. Pour financer ces différents projets, ou tout simplement leur croissance, les entreprises disposent de plusieurs solutions. Des solutions qui aujourd’hui tendent d’ailleurs à se diversifier.

Financer son besoin en fonds de roulement et ses investissements immatériels
Étape nécessaire à une gestion de trésorerie saine tout en étant un moyen efficace d’alimenter son BFR, l’amélioration du DSO (Days Sales Outstanding) reste le moyen le plus efficace et le moins onéreux pour améliorer sa trésorerie et dégager des sources de financement non coûteuses. À cet effet, une bonne rédaction des conditions générales de vente permet de définir, préalablement avec son partenaire commercial, les modes et les modalités de paiement (dont les délais) et de notifier le montant des pénalités qui pourront être facturées en cas de retard. Par ailleurs, mettre en place des processus efficaces de gestion du recouvrement de créances, en s’appuyant par exemple sur un logiciel spé­cialisé en la matière ou en l’externalisant, peut également s’avérer très bénéfique.
Une bonne gestion du poste clients ne sera néanmoins pas toujours suffisante pour financer un besoin en fonds de roulement ou un investissement court ou moyen terme. À l’entreprise de trouver alors la solution la mieux adaptée à son besoin.

Les crédits de trésorerie, source de financement traditionnelle
En tête de ces solutions, le découvert bancaire demeure le plus plébiscité. Très rapide à mettre en place, il présente l’avantage d’être peu coûteux et tacitement renouvelable. L’escompte est également une facilité bancaire proposant un financement contre des garanties de type lettre de change ou traite. Il assure à l’entreprise de recouvrer sa créance car, même si le client ne paie pas, la banque ne peut plus se retourner contre l’entreprise. Néanmoins, l’escompte reste une solution coûteuse et parfois longue à mettre en place. Bien qu’il ne date pas d’aujourd’hui, le financement Dailly (articulé autour de la loi éponyme), permet pour sa part de regrouper plusieurs créances commerciales sous un seul bordereau pouvant être cédé à d’autres tiers (pas forcément des banques) ou être nanti. Un fonctionnement et des avantages également proposés par la MCNE (Mobilisation de créances nées sur l'étranger) dont seules les entreprises exportatrices peuvent bénéficier.

L’affacturage de plus en plus plébiscité
L’affacturage consiste, pour sa part, à transférer le bénéfice des créances clients auprès d’un organisme de financement (le factor), qui va alors mettre à la disposition de l’entreprise tout ou partie du montant de ces créances. Selon le type de contrat passé avec le factor, le recouvrement de créances est ou non à la charge de l’entreprise. L’affacturage contribue ainsi à accélérer les rentrées de cash (l’argent peut être disponible en 48 h) et donc à améliorer le BFR de l’entreprise, tout en se prémunissant contre les risques de défaillances clients, transférés auprès du factor. Des solutions existent pour gérer plus particulièrement les problématiques d'entreprises par secteur. Dans le secteur du BTP par exemple, des factors tel BNP Paribas Factor ont mis en place un procédé qui prend en compte les situations de travaux spécifiques aux chantiers du bâtiment. Ces situations de travaux sont payés dès émission et apportent une bouffée d'oxygène à la trésorerie. Généralement filiales de banques, les factors traditionnels sont aujourd’hui concurrencés par l’arrivée sur le marché des Fintechs* dont certaines proposent des solutions de financement (dont l’affacturage) généralement plus simples et plus rapides à mettre en place que celles proposées par les acteurs traditionnels.


Les plates-formes de crowdfunding accompagnent les projets de croissance
Pour les projets de croissance et d’innovation, les entreprises se tournent davantage vers des solutions de financements moyen voire long terme. Leur premier réflexe consiste généralement à frapper à la porte de leurs partenaires bancaires. « Néanmoins, les banques demandent souvent un apport fonds propres dont ne dis­posent pas toujours les entreprises », explique Benoît Bazzocchi, fondateur de SmartAngels. Tout l’enjeu pour l’entreprise consiste donc à trouver l’apport manquant pour obtenir, in fine, le crédit bancaire. Aujourd’hui, elles peuvent s’appuyer à cet effet sur le financement participatif (crowdfunding) « Il s’agit d’un outil de collecte de fonds opéré via une plate-forme Internet permettant à un ensemble de contributeurs de choisir collectivement de financer directement et de manière traçable des projets identifiés, précise Alexandre Laing. Il peut se faire sous forme d’un don, de prêt (avec ou sans intérêt) ou d’investissement ». Le financement participatif en don contre don consiste à financer un projet en échange d'une contrepartie en nature (symbolique, marchande, expérientielle). « Le don contre don apparaît alors dans le bilan en chiffre d’affaires constaté d’avance », indique encore Alexandre Laing.


Le prêt (ou lending-crowdfunding) se manifeste pour sa part sous la forme de places de marché, permettant à un groupe de particuliers de financer le projet d'une entreprise ou d'un autre particulier. Avec la démocratisation du crowdfunding, le crédit entre particuliers passe à la vitesse supérieure, permettant ainsi à un porteur de projet (entrepreunarial ou non) de solliciter les prêteurs jusqu'à un montant de 1 000 000 d'euros. L'originalité du prêt participatif réside dans le fait que son inscription dans les comptes de l’entreprise le place parmi les postes constitutifs des fonds propres et non dans ceux constitutifs de l’endettement.


Dans le cadre de l’investissement participatif enfin (equity-crowdfunding) l'investisseur devient actionnaire de la société. « Le porteur de projet ouvre alors son capital à des investisseurs, qui, de fait, deviennent actionnaires », poursuit Alexandre Laing. Ces fonds, généralement dédiés aux projets de croissance des entreprises, répondent éga­lement aux entreprises qui ont besoin de compléter un crédit bancaire traditionnel. « Nous avons ainsi pour vocation de rassembler une plus large communauté d’investisseurs français : épargnants, business angels reconnus, fonds d’investissement, explique Benoît Bazzocchi. Notre plate-forme permet de les faire entrer au capital d’une entreprise pour l’accompagner dans sa croissance, ou d’emprunter des fonds auprès d’une communauté de gens qui lui font confiance. Contrairement à d’autres typologies de financements, l’investis­sement participatif est rapide et simple à mettre en place. Nous pouvons réaliser des levées de fonds en 1 à 6 mois ». Certaines plates-formes d’inves­tissement participatif vont encore plus loin dans l’innovation. C’est notamment le cas d’Alternativa, une plate-forme créée afin de permettre aux PME l'accès aux fonds propres au travers d’une cotation sur un marché boursier.

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Que ce soit pour un investissement court, moyen ou long terme, les sources de financements aujourd’hui disponibles tendent donc à se diversifier. À l’entreprise de recourir à celle qui correspond le mieux à son besoin ou à son projet.

 

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