La régulation financière à l’heure des Fintechs

La finance subit la plus grande vague de décentralisation de son histoire, au point de devoir repenser son organisation et de s'interroger sur sa régulation.

Même si son visage change, la finance internationalisée et interdépendante, illustrée par les grandes banques, présente toujours un important risque systémique. En parallèle, la nouvelle génération de technologies financières réduit la traçabilité et la lisibilité du secteur.

Le nouvel ordre financier

Les dernières applications de la technologie permettent de dé-médiatiser le financement de l’économie. C’est ce que l’on appelle la Fintech, et celle-ci tend naturellement à remplacer de nombreuses fonctions appartenant aujourd’hui à la banque. Toutes les sources traditionnelles de revenu de ce secteur sont menacées. La banque de détail doit faire face sur plusieurs fronts, de l’offre de prêts aux particuliers en crowdfunding, à l’ouverture de comptes en ligne gratuits, en passant par l’offre d’achats immobiliers en Peer2Peer, tous sont menacés. Les parties contractantes peuvent être soit des particuliers, soit des professionnels, et le risque est déplacé de la banque vers le prêteur. La banque d’investissement est elle aussi ciblée, la start-up Robinhood propose par exemple l’achat et la vente d’actions sans frais aux États-Unis. Les investissements en dette d’entreprise sont aussi possibles, tout comme les levées de fonds ou les IPO. D’autres start-up comme WiSeed, Seedrs et Alternativa.fr proposent l’investissement en action dans des entreprises cotées ou non. Mais la banque et l’assurance ne sont pas les seuls à être menacés, la technologie peut transformer jusqu’à la politique monétaire avec l’arrivée du Bitcoin et des crypto-monnaies.

Anciens et nouveaux risques

Face à ces changements, la régulation financière mise en place au cours du dernier siècle va rapidement devenir désuète. Son organisation centrale a été pensée pour des banques multinationales aux lourds bilans financiers. À la suite de la crise financière, ces institutions « too big to fail » étaient au centre du viseur du régulateur à cause de leur risque systémique. Les règles de Bâle III ou de Solvabilité II insistent en effet sur les exigences de fonds propres. Avec l’émergence du crowdfunding et de la finance de réseaux, on assistera sans doute à une réduction du risque de crise systémique et à la réduction du nombre d’institutions « too big too fail ». Si ce système semble capable de réduire certains risques, il en créé de nouveaux. Dans le cas de prêt aux particuliers ou aux entreprises, le risque de défaut est transféré de la banque vers le particulier. En soi, ce transfert ne devrait être problématique, mais deux éléments augmentent le risque. Dans un premier temps, il existe une asymétrie d’information entre le particulier et le prêteur, cette asymétrie est d’autant plus renforcée que le particulier ne possède pas toujours les outils d’analyse financière que possède un investisseur professionnel. Le particulier, séduit par le discours d’un émetteur de dette peut alors prêter à un taux d’intérêt faible alors que le risque est élevé. Dans le cas d’investissements en actions d’entreprises, le risque est exacerbé par la complexité accrue à calculer la valeur d’une action, et par la possibilité de perdre une partie de son investissement. En effet, dans le cas d’un défaut d’entreprise, l’investisseur en action ne sera dédommagé qu’après le préteur de dette, et la valeur d’une action peut s’effondrer jusqu'à sa disparition La protection du consommateur a été un fort axe de développement de la législation post-Lehman. C’est le cas avec la réforme Dodd-Frank aux États-Unis ou la directive MIFID en Europe. Or, de nouveaux risques apparaissent à cet égard avec la nouvelle organisation de l’environnement financier, et il est nécessaire que ces textes s’appliquent aux plateformes de Crowdfunding.

Vers une nouvelle régulation financière ?

L’organisation de la régulation financière actuelle est en décalage avec l’émergence de cette nouvelle finance. Pensée pour les grandes institutions internationales, elle prend trop en compte les exigences de fonds propres et n’insiste pas assez sur la protection de l’investisseur particulier*. De plus, l’histoire de la régulation financière nous montre sa capacité à ne réglementer qu’après une crise. Pour repenser la régulation financière, il est possible que nous devions faire confiance à l’acteur même de la dérégulation, les start-ups de la Fintech. En effet, compte tenu de l’importance de l’information au client, les plateformes de Crowdfunding ou Crowseeding commencent à investir dans l’analyse financière afin d’apporter au client le plus d’outils pour l’aider dans son choix. Elles peuvent aussi choisir de proposer un taux "palier" et "plafond" afin de limiter l’impact qu’aurait la venue d’un grand nombre d’investisseurs sur le taux d’un produit particulier. Le risque accru de ces investissements en Peer2Peer pourrait aussi être reflété dans le taux d’intérêt de ces placements. Aujourd’hui, l’engouement vers cette nouvelle industrie et son manque de maturité entrainent un tel volume d’investissement que les taux d’intérêt ne reflètent pas réellement le risque. La professionnalisation du secteur entrainera peut-être une meilleure évaluation du risque et de la valeur de ces produits. Il est en réalité plus probable qu’un avenir proche voit l’émergence de deux systèmes financiers parallèles, celui des grands acteurs, encadrés par de nombreuses règles prudentielles, et celui des multiples petits acteurs, plus libres, mais plus risqués.

Par Jonathan Trevier, fondateur SPARKISM @JonathanTrevier

Source : http://www.lesechos.fr/idees-debats/   *Alternativa, avec son Capital Réglementaire de 730 000€, ses experts indépendants et sa maîtrise du marché offre une protection unique à ses investisseurs particuliers.
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